Cette semaine, ELLE nous a véritablement poudu une petite enfilade de perles à ne louper sous aucun pretexte… C’est tellement énorme que j’ai encore peine à m’en remettre (respire, respire, respire…).
Dans un article intitulé « Epilation, mode d’emploi: sous les jupes des filles », notre torchon préféré se fait un plaisir de publier des photos… de pubis. Poilus, taillés, épilés en ticket de métro… il y en a pour tous les goûts. Le but de la manoeuvre? Nous offrir un catalogue des possibles en matière de taillage de buisson, assorti d’un joli paragraphe de sociologie de comptoir et d’un mode d’emploi de l’épilation réussie. Laissez-moi vous dire que le tout fait froid dans le dos…
« La libération de la femme et des images de son corps qui prolifèrent dans les lieux les moins attendus aurait pu conduire à une diversité des modèles. En matière d’épilation, du reste, ce n’est pas le cas. En cette période ou le bio est loué, le naturel et la liberté de choisir reprendront-t-ils le dessus? A ELLE, c’est le pari de la rédaction« , écrit Paola Bataille.
A en croire cette petite intro, nous bénéficions toutes de cette liberté de la chatte, et les filles qui s’épilent le font souvent pour de mauvaises raisons (à savoir, la mode, le porno, le bon vouloir de l’homme quelle en vient à confondre avec son propre bon vouloir…).Jusque-là, bon hein, pourquoi pas. « Fait ce qui te plaît avec ta foufoune », c’est une idée à laquelle on pourrait difficilement ne pas adhérer… Sauf que l’article s’empresse de nous remettre dans le droit chemin de la chatte épilée et costumisée par moult biais. D’ailleurs, on en arrive à se demander ce que fout cette intro dans l’ensemble, car le reste, lui, semble cohérent. Nous avons donc:
1. Des témoignages à l’appui (surement bidonnés, enfin du moins on l’espère) pour savoir « ce que pensent vraiment les mecs ». Sur 5 témoignages, 4 ne se privent pas de signaler que le chatte à la sauvage, c’est vraiment un truc de grosses truies dégoutantes et pas baisables. Thibault, 26 ans: « J’aime qu’une fille soit impeccable en permanence. Le problème? Nombreuses sont celles qui se rasent en cas de rendez-vous impromptuet quelques jours après, ça pique ! Résultat: j’ai l’impression de caresser ou d’embrasser… un de mes potes mal rasés! » Pauvre chou, c’est vraiment trop zorrible. Je veux dire, un petit effort les filles, merde, il ne faudrait pas que ce pauvre garçon ait l’impression d’être homosexuel, il ne le supporterait pas… Qu’il s’épile les testicules et on reparle du « impeccable en permanence »…
Nous avons également le charmant message de Vincent, 31 ans: « Et surtout, un conseil mesdemoiselles: ne parlez jamais de vos problèmes d’épilation devant un mec. On ne veut rien savoir des dessous de l’affaire« . En clair, n’emmerde pas l’homme avec ton intendance, si tu lui racontais à quel point ça fait mal et c’est relou il ne pourrait plus bander en paix. Aussi préfère-t-il penser qu’une femme naît naturellement imberbe, qu’elle ne fait pas caca, ne pète pas.
2. Des SUPERS CONSEILS ! Quelle chance, Elle consacre une page entière à répondre à toutes nos questions sur l’épilation. Trop bien. Quelle cire choisir, la chaude ou la froide? Comment éviter les petits boutons et poils incarnés? L’épilation définitive est-t-elle vraiment définitive?… Bref, encore une injonction d’aller gentiment souffrir le martyre et vider son porte monnaie pour entretenir son épilation pubienne, parce que bon, hein, on a une liberté de choix, mais la grosse toison noire faudrait pas non plus abuser.
3. Le shopping de la parfaite « foufounista ». Notre « intimité » ne doit pas échapper à l’enfer du consumérisme, ce serait dommage: il y a tellement de beurre à se faire sur le dos des femmes qui craignent que leur homme ne les trouve pas séduisantes…Colorants pour poils à se « faire rapporter de New York », une culotte Stella McCartney à vaporiser de parfum (on sait bien que les chattes, faudrait pas que ça sente la chatte quand même), ou encore un conditionner Tekkai pour « se faire le poil doux ».
4. Des belles photos. Des mannequins nous exposent leur épilation pubienne. Nous avons le droit au triangle dans sa version « quasi graphique », au « buisson ardent qui s’assume », à « l’épilation soft qui laisse s’épanouir le naturel »… On voit que le magazine a tenté de la jouer « poils frienly », puisqu’il n’y a aucune épilation intégrale dans les photos. Sauf que… ces pages ne présentent pas non plus de fille vraiment « naturelle » au sens « foufoune en bataille » du terme… Toutes les filles sont minces, ont une jolie petite toison bien travaillée. Et personnellement, merci mais je n’ai pas particulièrement envie de voir le sexe d’autres nanas pour me rassurer.
Le plus ironique, c’est que cet article est suivi d’un article intitulé « Cuisiner asiatique, c’est facile ». Bref, après m’être épilée la foune, il est temps que je me demande ce que mon homme aurait envie de manger… Ensuite, vient un papier nous exortant à favoriser la relation entre notre bambin et son père à se tirer deux balles dans la tête. Ce dernier nous conseille en effet de « tenir notre rôle de mère » sans empiéter sur « le rôle du père », et sans jamais vraiment oser expliquer en quoi consistent ces deux rôles. On soupçonne toutefois que cela sous-tend une jolie nichée de clichés bien croquants.*
Et enfin, n’oublions pas de signaler l’article de une: sexy en hiver. Comment faire pour donner envie aux mecs de me sauter malgré mon gros pull et ma doudoune….